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Josiane KIEFFER (Wittelsheim - membre de la CLIS Stocamine, présidente Union Locale CLCV Wittelsheim et environs)

Je réaffirme notre exigence de déstockage total des 44 000 tonnes de déchets entreposés dans le sous sol de Wittelsheim y compris ceux du bloc 15. Cette position est confortée par la lecture de toutes les études parues sur ce site, par tout ce qui a été affirmé lors des 3 réunions publiques et par les explications des experts lors de la réunion technique d'hier. Il est confirmé qu'il y aura pollution de la nappe phréatique à plus ou moins longue échéance !!!!! La proposition de retarder la pollution par la pose de barrages de bentonite n'est pas la solution puisque son efficacité dans le temps n'est pas scientifiquement prouvée. Nous demandons que le coût de ces barrages de bentonite soit mis dans la sortie des déchets, leur retraitement et dans la sécurité des opérateurs. Nous demandons que les 19 000 tonnes de classe 0 soient transférés en Allemagne comme cela se fait depuis toujours et que les 23000 tonnes de classe 1 soient stockés à Dambron en Côte d'Or comme préconisé par l'INERIS. Nous ne pouvons accepter que les 1 775 tonnes du bloc 15 soient confinés sans plus de précision. La DREAL dans son rapport du 7 avril 2010 affirmait que" les MDPA et StocaMine ont fait réaliser un certain nombre d'études dont seuls des fragments ont été présentés à l'administration", que "le scénario réversibilité avait été trop vite écarté", et que "l'irréversibilité du stockage au bloc 15 ne doit pas constituer un a priori". Aujourd'hui tout cela n'en est que plus avéré d'actualité effrayante.
Nous demandons que soit étudié un sixième scénario : le projet du déstockage total et que ce projet soit objectivement présenté et argumenté.
L'état doit prendre ses responsabilités en exigeant de StocaMine l'assainissement complet du site avant la fermeture définitive de la mine et ceci conformément au principe de précaution.

Nous vous remercions pour votre contribution à la concertation. Nous avons intégré vos questions et avis au bilan de la concertation. Votre contribution comporte différents sujets qui structurent notre réponse.

Sur la pollution de la nappe phréatique :

L’idée que la nappe serait irrémédiablement polluée si des déchets restaient dans le stockage s’appuie sur des passages des rapports du Comité de Pilotage (Copil) et de l’INERIS tirés de leur contexte. Cette idée a d’ailleurs entraîné une mise au point du président du Copil, M. Berest, dans un courrier publié sur le site de la concertation le 16 décembre 2013 (page "Vos questions et avis") ainsi qu’une mise au point du directeur général de l’INERIS.
L’INERIS a commencé par étudier ce qui risquerait de se passer si on ne faisait rien pour refermer le stockage et a alors indiqué qu’il existait un risque de pollution de la nappe. Mais son travail ne s'est pas arrêté à cette étape, loin de là. L’INERIS a déduit de cette hypothèse de travail, tout comme le Copil, que des mesures complémentaires de fermeture devaient être prises en s’appuyant sur les expériences acquises dans le domaine des stockages souterrains.
C’est exactement ce que nous proposons de mettre en œuvre et c’est pourquoi l’INERIS indique que, quels que soient les scénarios choisis parmi les 5 scénarios présentés à la concertation, aucun ne conduit à une pollution de la nappe. Ce serait également le cas si aucun déstockage préalable n'était réalisé.

Sur les barrages de bentonite :

La bentonite est le matériau privilégié dans de nombreux pays (Suède, Finlande, France, Suisse, Canada…) pour réaliser des serrements ou scellements au plus près des colis de déchets ou pour la fermeture définitive de centres de stockage, notamment de déchets radioactifs.
Elle est choisie car elle est un matériau existant à l’état naturel, qui a fait ses preuves sur des temps géologiques. C’est une argile qui gonfle quand elle est humectée.
Son intérêt est le suivant : si la saumure parvient un jour aux barrages fermant les galeries du stockage, elle mouillera la bentonite et celle-ci gonflera. Cela la collera contre les parois des galeries et renforcera encore son imperméabilité pour empêcher la saumure de pénétrer dans le stockage.
Les barrages de bentonite réduiront quasiment totalement la sortie éventuelle de saumure polluée en retardant le moment où elle pourrait ressortir du stockage, à une date où la convergence résiduelle des terrains ne sera plus qu’extrêmement faible.
Retarder le moment où de la saumure polluée risque de sortir des barrages entourant le stockage, en freinant le passage de la saumure entrante et donc aussi la durée de remplissage du stockage, permet de profiter de la diminution des phénomènes de convergence au sein du stockage et donc de la réduction du moteur d’expulsion de celle-ci depuis le stockage vers la nappe. Ainsi, plus on retarde cette entrée de la saumure moins il sera possible qu’elle ressorte et qu’elle parcoure une partie de la mine pour atteindre la nappe phréatique. Par ailleurs, les études ont montré que du fait du fluage, les terrains se seront refermés à l’horizon de 15 ans sur les barrages et auront retrouvé leur étanchéité naturelle, c’est-à-dire bien avant que la saumure n’arrive au niveau du stockage (240 ans dans le cas d’un scénario de référence très pessimiste).

Sur les sites de restockage :

Dans le cas du scénario 1 (que nous mettons en oeuvre actuellement), les déchets seront restockés dans la mine de potasse de Sondershausen (Allemagne). Pour tous les autres scénarios, nous avons considéré à ce stade que les déchets les moins dangereux (déchets de classe 1) pourront aller dans un centre d’enfouissement technique de classe 1 proche de l’Alsace et que les déchets les plus dangereux (qui relèvent obligatoirement d’un stockage souterrain) iront dans la mine de Sondershausen. Le transport se fera par camions, de la mine Joseph-Else à Wittelsheim à la mine de Sondershausen, sur 680 km. Ces hypothèses pourraient être modifiées par les résultats des nouveaux appels d’offres qui ne manqueraient pas d’être passés et qui pourraient conduire à choisir un autre site de destination pour le restockage.

Sur le déstockage du bloc 15 :

L’Etat a considéré, au regard des expertises présentées concernant les risques d’une opération de déstockage dans le bloc 15, qu’une intervention dans ce bloc serait trop périlleuse.
Dans l’état initial du stockage, on pouvait imaginer tout déstocker. Mais aujourd’hui, les conditions ne sont plus du tout les mêmes que lorsque les colis de déchets ont été descendus et rangés au fond.
Le sol était plat à l’inverse de maintenant, les déplacements plus faciles, les hauteurs suffisantes, les emballages des colis récents. Le phénomène de fluage du sel gemme, qui se referme sur lui-même, est particulièrement rapide dans cette mine, notamment au niveau du bloc 15, creusé à une profondeur différente. Il a eu pour conséquence de détériorer très largement les galeries d’accès et de coincer les colis voir de les rendre inaccessibles mais aussi de détériorer les emballages.
Pour plus de détails, vous pouvez vous reporter aux éléments décrits en page 13 du dossier de concertation.
En plus des risques miniers, il existe désormais des risques chimiques beaucoup plus forts que lors de l’arrivée de l’entreposage. Il s’agit de manipuler des emballages fragilisés par les contraintes des terrains, tout particulièrement ceux des big-bags, dont les produits dangereux peuvent se répandre et laisseront échapper des émanations toxiques. L’arsenic et le mercure notamment, l’un sous forme de fines particules solides, l’autre sous forme de gaz, vont en partie se répandre dans l’air.
Un système d’aspiration et de filtration de l’air pollué au sein de chaque bloc en cours de déstockage sera installé afin de ne pas contaminer le reste du stockage et de la mine. Les travailleurs seront entièrement protégés lors des opérations mais il faut bien comprendre que les conditions de travail seront très contraignantes et stressantes (combinaisons intégrales, masques, températures élevées, attention soutenue aux risques, etc.) et que la combinaison des risques de chute de blocs ou de colis avec les risques de dégagement de substances toxiques rendra les travaux plus périlleux.
Les intervenants seront sollicités de façon soutenue à chaque instant, et ce pendant un an, deux ans ou plus selon les scénarios. Nous aurons également besoin de beaucoup plus de personnels que ceux dont disposait StocaMine initialement. Notons par ailleurs que le médecin du travail de StocaMine a écrit qu’au vu des opérations de déstockage prévues, il déclarerait inaptes tous les personnels de StocaMine.
C’est pour ces raisons que la phase de déstockage pèse en termes de conditions de travail, de délais et de coût dans le sujet de la fermeture. Elle oblige et obligera à mesurer en continu tous les paramètres de risques.
Nous espérons que les périodes d’apprentissage prévues permettront de mettre au point les meilleures procédures ainsi que les formations du personnel.

Sur le principe de précaution :

Concernant le principe de précaution, M. Alain Dorison, représentant l’Etat, a rappelé au cours de la concertation que les procédures en cours participaient bien au respect du principe de précaution : « Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

Alain Rollet, Liquidateur amiable des MDPA